02 Juil

“Nous sommes humains avant tout” – les travailleur.se.s du sexe s’organisent à l’île Maurice

Parapli Rouz, ou ‘Parapluie Rouge’ en créole mauricien, est la seule organisation communautaire promouvant les droits des travailleur.se.s du sexe à l’île Maurice. Le groupe est un partenaire du Fonds Parapluie Rouge et reçoit une subvention depuis 2015. Travailler depuis une nation insulaire est un chemin semé d’embûches, par exemple réussir à être visible et faire entendre sa voix dans un monde de plus en plus global et connecté. Mais les travailleur.se.s du sexe mauricien.ne.s ont un message fort à porter et savent se faire écouter.

Campagne de sensibilisation de Parapli Rouz – “J’ai les mêmes droits que toi”

Une population de travailleur.se.s du sexe sous-estimée

La dernière enquête nationale estime le nombre de travailleur.ses du sexe à Maurice à 6,223 femmes et 1,649 travailleur.se.s transgenres. Parapli Rouz rencontre seulement une poignée d’hommes travailleurs du sexe chaque année. Au-delà du travail de rue, les travailleur.se.s du sexe travaillent depuis leur domicile, les salons de massage, les restaurants, bars et boîtes de nuit ainsi que sur les plages et sur des catamarans. Certain.e.s travailleur.se.s du sexe font des allers-retours vers l’île voisine de la Réunion où ils/elles peuvent mieux gagner leur vie. Selon Parapli Rouz, ces statistiques sous-estiment copieusement la réalité et devraient être multipliées par minimum deux ou trois. Durant la seule année 2017, Parapli Rouz a rencontré plus de 2,000 travailleur.se.s du sexe à travers son travail de proximité.

L’un des challenges les plus importants pour les travailleur.se.s du sexe mauricien.ne.s sont les arrestations arbitraires des travailleur.se.s de rue. Même si la tenue de maisons closes est la seule activité criminalisée par la loi mauricienne, les travailleur.se.s de rue se font arrêter pour des motifs tels que « être dans la rue la nuit », «transporter des préservatifs dans leurs sacs» ou encore «être habillé.e.s de manière indécente », bien que ceux-ci ne constituent pas formellement des infractions passibles de sanctions.

Arrêté.e pour le seul motif de se promener dans la rue la nuit

Afin d’être relâché.e.s par la police, les travailleur.se.s de rue sont forcé.e.s de signer des rapports d’enquête fallacieux et se voient souvent refuser leur droit de passer un coup de téléphone depuis le commissariat. Les charges qu’ils/elles encourent ont souvent affaire au «racolage », à l’’«importuning» (le fait de solliciter l’attention de potentiels clients) ou encore «l’oisiveté et l’atteinte à l’ordre public ». Quand ces affaires sont portées devant le tribunal, les travailleur.se.s du sexe sont condamné.e.s à payer des amendes allant de 2,000 à 8,000 roupies mauriciennes (50 à 200 euros) et à des peines de prison allant jusqu’à 3 mois.

Cette bande dessinée – conçue par un groupe de travailleur.se.s du sexe et dessiné par l’ancienne présidente de Parapli Rouz Dani – est utilisée comme outil de sensibilisation à l’égard des médias, des parlementaires et de la police. Elle explique en une page l’étendue des défis et abus auxquels les travailleur.se.s du sexe font face : les clients qui refusent de payer et/ou sont violents, les agents de police qui inculpent les travailleur.se.s du sexe pour racolage au lieu d’enregistrer leurs plaintes, et les prestataires de santé qui ne prennent pas leurs blessures au sérieux et ne leur administrent pas les soins nécessaires.

Une caravane pour lutter contre les abus policiers

Pour faire face à ces violations des droits humains des travailleur.se.s de rue, en 2015 Parapli Rouz a utilisé une partie de son premier financement du Fonds Parapluie Rouge pour acheter une caravane. L’équipe utilise ainsi la caravane pour mener une fois par semaine son travail de proximité dans divers lieux de travail disséminés sur l’île. La simple présence de travailleur.se.s communautaires dans les lieux de travail de rue a visiblement améliorer la situation et aider à mettre fin à l’impunité des agents de police, qui savent désormais qu’ils sont surveillés.

« Malgré la violence et la discrimination, nous sommes toujours là en force”

Un premier procès gagné en 2016 – Parapli Rouz a fourni une aide juridique et un avocat à une travailleuse du sexe encourant des poursuites et celles-ci ont été abandonnées par le tribunal – a permis de créer un précédent : les commissariats de police sont maintenant conscients que Parapli Rouz se tient aux côtés des travailleur.se.s du sexe et qu’ils ne sont plus des proies faciles.

 

Ce travail porte ses fruits : récemment, une travailleuse du sexe de Quatre Bornes a été arrêtée mais s’est vue pour la première fois octroyer son appel téléphonique. Les travailleur.se.s portent désormais avec eux/elles des cartes de visite de Parapli Rouz qu’ils ou elles présentent aux officiers quand ils ou elles entrent en contact. Ces cartes envoient un message fort et prouvent que les travailleur.se.s du sexe ne sont ni seul.e.s ni impuissant.e.s. En plus de cette caravane, Parapli Rouz s’apprête à lancer un numéro vert (hotline) pour les travailleur.se.s du sexe, disponible 24h/24 et 7j/7. L’objectif est d’être capable de réagir rapidement dans les cas d’urgence – comme des actes de violence de la part de la police ou de clients – quand l’équipe n’est pas sur le terrain, et d’accroître la sécurité des travailleur.se.s à toute heure.

D’un focus sur le SIDA/VIH à une stratégie de lobbying et de plaidoyer

Peu après sa création en 2010, Parapli Rouz a reçu des fonds du Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et la Malaria, pour mettre en place des activités en lien avec la prévention VIH au sein de la communauté des travailleur.se.s du sexe. La coordinatrice de l’organisation, Sophie Ganachaud, explique que Parapli Rouz a toujours souhaité travailler davantage sur le plaidoyer, mais que cela n’a jamais été reconnu comme une priorité par leurs bailleurs de fonds potentiels, dans la mesure où la défense et la promotion des droits des travailleur.se.s du sexe demeurent hautement controversées. En effet, les financeurs ont tendance à prioriser fortement la lutte contre le SIDA/VIH sur la continent africain (auquel l’île Maurice est traditionnellement attachée). Pour cette raison, les organisations de la société civile ont souvent des difficultés à étendre leurs activités au-delà des services de santé, vers davantage de lutte pour leurs droits humains.

Sur le panneau : “Nous sommes humain.e.s avant tout. Merci Parapli Rouz”

Avec le financement flexible de base du Fonds Parapluie Rouge, Parapli Rouz a décidé de restructurer l’organisation et de dédier davantage de temps au plaidoyer externe. Bien qu’il travaille toujours sur la prévention VIH, le groupe est désormais doté d’un plan de plaidoyer exhaustif ciblant les services de santé, le personnel politique, la police et les médias. Le groupe a organisé un atelier pour les journalistes, dans l’objectif d’en finir avec le ton moralisateur et les portraits irréalistes qui sont monnaie courante lorsque le sujet du travail du sexe est traité dans les médias. Il en résulte une plus grande et meilleure couverture médiatique du travail de l’organisation dans la presse locale. Encouragé par ce succès, Parapli Rouz va embaucher un chargé de communication pour étendre plus encore leur influence et présence dans les médias.

L’hypocrisie comme pire ennemi

L’un des plus gros défis de Parapli Rouz est de réussir à développer des relations avec des représentant.e.s des institutions publiques nationales. A plusieurs reprises, des représentant.e.s du gouvernement ont pris position en faveur du travail du sexe lors de réunions privées, mais l’expérience tend à montrer qu’ils/elles ne partagent jamais cette opinion sur la place publique. Le risque politique lié à une telle prise de position est toujours élevé à l’île Maurice, et les doctrines religieuses sont très influentes. Comme nous l’explique Sophie Ganachaud, coordinatrice de Parapli Rouz : « pour les politicien.ne.s mauricien.ne.s, soutenir les droits des travailleur.se.s du sexe revient à signer son propre arrêt de mort politique et risquer la fin de sa carrière politique ».

Campagne de sensibilisation de Parapli Rouz par la coordinatrice Sophie : “Arrêtez l’hypocrisie”

En 2016, la Ministre de l’Egalité entre les Genres s’est jointe à la commémoration du 17 Décembre (la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux travailleur.se.s du sexe) organisée par Parapli Rouz, et a publiquement offert de collaborer. Malheureusement, elle a démissionné deux jours plus tard.

Toutefois, Parapli Rouz continue à inviter des officiers gouvernementaux et de la police, en espérant qu’ils finiront par s’exprimer haut et fort et à prendre position en public, à profil découvert. Le 17 Décembre 2018, Parapli Rouz a organisé une marche pacifique et un discours officiel au Jardin de la Compagnie, dans la capitale Port Louis. Il s’agit d’une véritable victoire pour Parapli Rouz, puisque c’est la première fois que le groupe obtient l’autorisation de manifester et de défiler devant le Parlement. La manifestation a réuni un grand nombre de travailleur.se.s du sexe et allié.e.s et a reçu une bonne couverture médiatique.

Une recette pour le succès

Sur le panneau : ‘’Nous avons le droit de prendre soin de notre santé”

A la suite de la restructuration de l’organisation en 2018, l’équipe a déménagé de son local de Port Louis pour s’installer dans des bureaux moins chers et plus spacieux dans la zone centrale Beau Bassin, qui abrite une grande partie de la population de l’île. A la suite de leur arrivée, Parapli Rouz a organisé avec succès des rassemblements communautaires entre les travailleur.se.s du sexe des deux secteurs, de manière à augmenter le sentiment de solidarité entre les deux groupes et de désamorcer tout sentiment de territoire ou de compétition. La recette de ce succès est un concept que les membres du groupe appellent la ‘’corité’’, soit un mélange de ‘’collaboration’’ et de ‘’solidarité’’. Leur but est d’unir les forces des différentes communautés de travailleur.se.s du sexe (les trans, les femmes, les travailleur.se.s de rue et ceux/celles travaillant depuis d’autres lieux) pour faire face à leurs ennemis communs et défendre leurs droits ensemble.

Cet article a été écrit par Claire Gheerbrant, sur la base d’une interview avec Sophie Ganachaud (coordinatrice), Shameema Boyroo (chargée de mobilisation communautaire) et Mélanie Babet (chargé du soutien à la mobilisation communautaire).

La bande dessinée figurant dans l’article a été créée par Dany, ancienne présidente de Parapli Rouz aui nous a récemment quittée, et à qui cet article est dédié.

 

 

 

21 Juin

Il est temps de monter le son

Par Nadia van der Linde

Traduit par Claire Gheerbrant

Merci de citer cet article comme suit: N van der Linde, ‘Time to Turn Up the Volume’, Anti-Trafficking Review, Anti-Trafficking Review, issue 12, 2019, pp. 194-199, www.antitraffickingreview.org.

Je me rappelle le premier panel de bailleurs de fonds / donateurs que j’ai organisé. C’était à la conférence “Global Social Change Philanthropy” à Washington en 2013. Je venais juste de commencer mon travail en tant que coordinatrice du Fonds Parapluie Rouge – le fonds pour et par les travailleur.se.s du sexe, qui avait été créé peu de temps auparavant. J’ai organisé une session qui avait pour but de clarifier la distinction entre travail du sexe et traite des personnes, ainsi que de mettre l’accent sur la nécessité de financer les initiatives collectives des travailleur.se.s du sexe.

Nous avions un panel robuste : un.e extraordinaire militant.e travailleur.se du sexe, un.e universitaire très bien informée, un prestataire de services passionné et un bailleur de fonds engagé. Malgré cela, j’allais tomber de haut : même si le line-up était sur le papier parfait, il n’y avait pratiquement personne dans la salle. Sur le moment je me suis dit, si on ne parvient même pas à faire venir les bailleurs pour qu’ils s’informent au sujet des droits des travailleurs du sexe, comment va t’on répondre aux besoins des associations de travailleurs du sexe qui luttent pour leurs droits humains fondamentaux ?

Pourquoi avons-nous besoin des bailleurs de fonds ?

Les travailleurs.se.s du sexe sont criminalisé.es pour leur façon de gagner leur vie dans la quasi-totalité des pays et juridictions, à l’exception d’une poignée d’entre eux. S’adresser au stigmate et à la violence est une des priorités clefs pour les groupes de travailleur.se.s du sexe partout dans le monde. Pour la plupart des travailleur.se.s du sexe, la police n’est pas une source de protection mais plutôt le perpétrateur de la violence [1]. Le harcèlement, la confiscation de préservatifs, les extorsions, les arrestations arbitraires et les viols sont des exemples courants de violence policière. Même aux Pays-Bas, où est le travail du sexe est régulé, la plupart des travailleur.se.s du sexe ne vont pas déposer plaintes pour des cas de violence physique ou sexuelle[2]. La Nouvelle-Zélande est une rare exception, puisque le travail du sexe y est décriminalisé et que le gouvernement participe au financement d’une association de travailleur.se.s du sexe qui fournit des informations, des services et du soutien à leurs pairs. Le Collectif des Prostitué.e.s de Nouvelle-Zélande et la police travaillent ensemble pour prévenir les cas de violence et encourager les travailleur.se.s du sexe à porter plainte quand ils/elles subissent une agression sexuelle et d’autres crimes violents[3].

Les travailleur.se.s du sexe de par le monde s’organisent contre la criminalisation, qui met non seulement leur subsistance financière en danger mais aussi leur vie entière et celles de leurs êtres chers. Ils/elles sont généralement reconnu.e.s comme un groupe marginalisé et très vulnérable dans notre société, combinant de multiples formes de stigmatisation du fait de leur profession, mais aussi parce qu’ils/elles sont souvent pauvres, peu éduqué.e.s et appartiennent à des groupes indigènes ou populations migrantes, sont trans ou homos, ou encore mères célibataires. Malgré cela, les financements pour soutenir les organisations de travailleur.se.s du sexe et leurs efforts de mobilisation communautaire sont rares[4]. En 2013, les fondations ont investi la maigre somme de 11 millions de dollars US pour soutenir les droits des travailleur.se.s du sexe à l’échelle mondiale[5]. La majorité des organisations de travailleur.se.s du sexe ne reçoivent aucun financement, et ceux qui bénéficient d’une subvention ont en général un budget annuel inférieur à 70 000 dollars US et leur dépendance au travail bénévole reste élevée.

En parallèle, les programmes “raid et sauvetage” et les centres de réhabilitation continuent de recevoir des financements généreux en tant que supposés modèles de soutien et d’aide aux femmes travaillant dans l’industrie du sexe.

Les organisations de travailleur.se.s du sexe font appel aux bailleurs pour qu’ils apportent davantage de financements de long-terme qui puissent couvrir les salaires, formations, services juridiques et activités de plaidoyer. Ils/elles veulent aussi que les bailleurs de fonds s’expriment haut et fort en faveur des droits des travailleur.se.s du sexe[6]. Récemment, lors d’une conversation avec mon collègue d’un autre fonds pour les droits humains, il m’a révélé que bien qu’ils/elles eussent donné quelques subventions à des groupes de travailleurs du sexe dans le passé, ils/elles n’avaient jamais réalisé que la plupart des autres ne finançaient toujours pas ce type de travail. Nous avons clairement besoin de mettre à profit nos connaissances et notre réseau afin d’éduquer et de rendre plus actifs nos homologues philanthropes.

Changer de perspective

Les témoignages et expériences de vie des gens sont la meilleure façon d’éduquer les bailleurs. Nous avons interrogé le personnel d’organisations de financement qui ont changé de perspective : ils/elles sont passé.e.s de la présomption que tout travail du sexe (ou toute prostitution) relève de l’exploitation et de la traite des personnes à la reconnaissance des travailleur.se.s du sexe comme êtres humains qui doivent voir leurs droits reconnus, y compris en rapport avec leur travail. Cela a mis en évidence que la recherche universitaire, les documents des Nations Unies et le soutien officiel d’organisations de défense des droits de l’homme sont tous utiles, mais que le levier principal pour arriver à une position plus nuancée vient d’une interaction directe avec des travailleur.se.s du sexe[7]. Nous avons besoin de réunir les bailleurs de fonds et les travailleur.se.s du sexe autour de la même table.

Le dialogue international entre militants et bailleurs sur le travail du sexe et la traite des personnes qui a eu lieu en 2008 était un succès remarquable en ce qu’il a amené les donateurs à écouter les travailleur.se.s du sexe[9]. Les membres du «Global Network of Sex Work Projects (NSWP) » ont joué un rôle crucial dans l’éducation des bailleurs, en partageant leurs expériences sur les conséquences néfastes pour les travailleur.se.s du sexe de nombre d’initiatives de lutte contre la traite contre la traite des personnes. À la fin de l’évènement, les bailleurs s’unissaient et reconnaissaient que les travailleur.se.s du sexe avaient besoin de financements pour s’organiser efficacement and défendre leurs droits. Quatre ans plus tard, le Fonds Parapluie Rouge était lancé[9].

À ce jour, le Fonds Parapluie Rouge has octroyé 158 subventions à 103 groupes de travailleur.se.s du sexe dans plus de 50 pays. Ces investissements ont résulté à des organisations et un leadership plus forts et ont augmenté la solidarité et les connections au sein du mouvement et même au delà. Ceci n’est cependant pas suffisant pour encourager un réel changement. Pour chaque subvention accordée, les candidatures de beaucoup d’autres groupes doivent être déclinées du fait de  nos limitations budgétaires.

S’auto-organiser pour les droits du travail

Depuis la création du Fonds en 2012, nos bénéficiaires nous apprennent à quel point la confusion entre travail du sexe et traite des personnes affecte dans leur vie quotidienne. Non seulement les politiques de lutte contre la traite des personnes leur nuisent ; mais la stigmatisation et la criminalisation créent également un climat social dans lequel les travailleur.se.s du sexe courent un risque accru d’être victime de traite, et les survivant.e.s de traite ont souvent peu d’autres options que le travail du sexe pour gagner leur vie. Bien qu’ils le mentionnent rarement dans leurs propres publications, de nombreux groupes de travailleurs du sexe fournissent une aide cruciale aux personnes qui ont subi une expérience de trafic [10]. De la même manière, les syndicats et les groupes de femmes qui soutiennent les travailleur.se.s domestiques ou travailleur.se.s agricoles qui exercent dans de mauvaises conditions ne les forcent pas à quitter leur travail ou ne participe pas à leur incarcération, mais au contraire s’attachent à améliorer leurs conditions de travail et leur capacité d’(auto)organisation. Comme l’affirme un.e travailleur.se du sexe à une rencontre militants-bailleurs organisé par l’Alliance contre la traite des femmes (GAATW) à Bangkok en 2018 :

Nous nous battons pour nos droits et pour de meilleures conditions de travail. Les travailleur.se.s du sexe et leurs client.e.s, pour la plupart, sont contre la traite et l’exploitation. Les travailleur.se.s du sexe soutiennent les victimes de traite, et nous les protégeons de la police.

Ce n’est pas une surprise que l’analyse des demandes de financement que nous avons reçues au cours des années montre que, bien que les contextes soient différents, en finir avec la discrimination, la violence et la criminalisation sont des priorités pour les organisations de travailleur.se.s du sexe partout dans le monde.

Les organisations de travailleur.se.s du sexe préviennent l’exploitation et le trafic en créant des espaces sûrs, en fournissant des informations et un accompagnement vers les services compétents. [11] Leurs campagnes pour la décriminalisation du travail du sexe sont cruciales pour la création d’environnements de travail plus sûrs, où les problèmes peuvent être signalés à la police et où la justice peut être saisie. Et aussi, comme le souligne le Collectif des Prostitué.e.s de Nouvelle-Zélande, un environnement dans lequel les travailleur.se.s du sexe ont le droit de dire oui, mais aussi le droit de dire non.[12]

Conclusion

Un donateur militant m’a récemment expliqué leur changement de stratégie de plaidoyer qui est passée du “philanthro-shaming » (souligner le besoin urgent d’augmenter les financements dans un domaine particulier pour éviter/s’attaquer à un certain problème) à l’utlisation sans scrupule du concept populaire de ‘’FOMO’’ (fear of missing out, la peur de rater quelque chose). Il m’a appris que trop souvent, on met en évidence les besoins et les lacunes en termes de financement, en espérant que cela convaincra les bailleurs de boucher les trous. Cela participe peut-être à influencer certains donateurs alliés à étendre leur programme de subventionnement, mais cela ne convaincra pas les néophytes des droits des travailleur.se.s du sexe. La réalité est que même les financeurs de la justice sociale se revendiquent toujours comme ‘neutres’ au sujet des droits des travailleur.se.s du sexe, ou n’ont simplement pas le courage de prendre position. Ces bailleurs doivent réaliser qu’ils ne sont pas les premiers à s’aventurer en terre inconnue. Dans le cas du donateur militant, leur nouvelle stratégie de plaidoyer envers les bailleurs essaye donc d’adopter une approche innovante : ‘’soit vous prenez le train en marche, soit vous passez à côté », en prouvant que le financement des organisations de travailleur.se.s du sexe est LA chose à faire, et tout de suite !

Je ne pense pas que cette approche du ‘’train en marche’’ seule fera l’affaire, mais au moins nous avons formé un groupe et nous sommes en harmonie sur un nombre de points. Différents donateurs ont commencé à se rassembler dans un nouveau collectif pour s’assurer que davantage d’argent est dirigé vers les mouvements de travailleurs du sexe. Maintenant il est temps de monter le son et de toucher le bon public.

Nadia van der Linde est la coordinatrice du Fonds Parapluie Rouge. Elle a un Master de Géographie Social de l’Université d’Amsterdam et a des années d’expérience internationale, particulièrement dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, du plaidoyer, et des processus de participation (de la jeunesse). Nadia a travaillé pour la Coalition des Jeunes, le Réseau Mondial des Femmes pour les Droits Reproductifs, Mouvement de Santé du Peuple, Stichting Alexander, le Réseau Asie-Pacifique des Travailleurs du Sexe et le Fonds des Nations Unies pour la Population. Elle est la présidence du Centre d’Information sur la Prostitution à Amsterdam aux Pays-Bas. Email : nadia@redumbrellafund.org

Notes:

[1] M Bhattacharjya, E Fulu and L Murthy, The Right(s) Evidence: Sex work, violence and HIV in Asia. A multi-country qualitative study, UNFPA, UNDP and APNSW (CASAM), Bangkok, 2015, retrieved 19 December 2018, http://www.asia-pacific.undp.org/content/dam/rbap/docs/Research%20&%20Publications/hiv_aids/rbap-hhd-2015-the-rights-evidence-sex-work-violence-and-hiv-in-asia.pdf.

[2] M Kloek and M Dijkstra, Sex Work, Stigma and Violence in the Netherlands, Aidsfonds, Amsterdam, 2018, https://www.soaaids.nl/sites/default/files/documenten/Prostitutie/Sex%20Work%20Stigma%20and%20Violence%20in%20the%20Netherlands%20Report%28digital%29.pdf.

[3] E McKay, ‘World-first partnership between NZ Police and Prostitutes’ Collective’, NZ Herald, 17 December 2018, https://www.nzherald.co.nz/nz/news/article.cfm?c_id=1&objectid=12178217.

[4] J Dorf, Sex Worker Health and Rights: Where is the funding?, Open Society Institute, New York, 2006, https://www.opensocietyfoundations.org/sites/default/files/where.pdf.

[5] Mama Cash, Red Umbrella Fund and Open Society Foundations, Funding for Sex Worker Rights. Opportunities for foundations to fund more and better, Mama Cash/RUF, Amsterdam, 2014, https://www.redumbrellafund.org/report.

[6] Ibid.

[7] N van der Linde and S Bos, ‘Mind the Gap—What we learned about how funders can be moved in the right direction’, Alliance Magazine, 7 September 2016, https://www.alliancemagazine.org/blog/mind-the-gap-what-we-learned-about-how-funders-can-be-moved-in-the-right-direction.

[8] CREA, NSWP and SHARP, Sex Work and Trafficking A Donor/Activist Dialogue on Rights and Funding, CREA, NSWP and SHARP, 2008, https://www.redumbrellafund.org/wp-content/uploads/2014/07/Donor_Dialogue_Final_REPORT_December2008.pdf.

[9] Red Umbrella Fund, The Creation of a Collaborative Fund for and by Sex Workers, 2017, https://www.redumbrellafund.org/wp-content/uploads/2014/07/Red-Umbrella-Fund-The-creation-of-a-Collaborative-Fund.pdf.

[10] See, for example, Global Alliance Against Traffic in Women, Sex Workers Organising for Change: Self-representation, community mobilization, and working conditions, GAATW, Bangkok, 2018.

[11] Ibid.; see also: W Volbehr, ‘Improving Anti-Trafficking Strategies: Why sex workers should be involved’, Open Democracy, 17 July 2017, https://www.opendemocracy.net/beyondslavery/wendelijn-vollbehr/improving-anti-trafficking-strategies-why-sex-workers-should-be-inv.

[12] NZPC, Our Right to Say Yes, Our Right to Say No, n.d., http://www.nzpc.org.nz/pdfs/Right-to-Say-Yes-or-No-Poster.pdf.

15 Déc

Minorités dans un Mouvement

OGERA stands with refugee 2017Uniting LBT and Refugee Sex Workers

Red Umbrella Fund’s Programme Associate Louise visited OGERA (the Organization for Gender Empowerment and Rights Advocacy) in Uganda earlier this year to listen and learn from this unique group. Why are they organized specifically around lesbian, bisexual, transgender (LBT) and refugee sex workers? And how do they manage to overcome the many cultural and language barriers within this diverse membership?

Minorities in the Sex Worker Movement

OGERA is a Kampala-based group that unites and empowers lesbian, bisexual, transgender (LBT) and refugee sex workers. The group opposes gender based violence and advocates for decriminalization of sex work. OGERA takes a stand against the ways in which nationality, gender, ethnicity, sexual orientation, and choice of profession negatively impact sex workers’ lives day to day. It is the only sex worker-led organization that reaches out specifically to refugee sex workers in the area. 

Shamilah Batte, a refugee sex worker herself, set up the organization in 2013. She realized that the wider sex worker movement, largely led by heterosexual women, lacked representation of other minority groups within the community. According to Shamilah:

“Sex work is perceived to be done by heterosexual women only. For female sex workers, sexual orientation is often not questioned due to the assumption that they identify as heterosexuals. And the needs of refugee sex workers are neglected altogether. I could not just stand and watch my fellow sex workers face all sorts of violations, mainly because they could not access health information and education, treatment and legal representation. All this inspired me to come out and be a voice for the voiceless. »

Criminalization, Stigma and Violence

In 2016, the Women’s Organisation Network for Human Rights Advocacy (WONETHA), a fellow member of the Uganda Network for Sex Workers Organization (UNESO), submitted a report to the United Nations to shed light on the human rights violations sex workers in Uganda face. Ugandan law criminalizes sex work. WONETHA’s report explains how this feeds into structural systems of police abuse, rape, harassment and public humiliation of sex workers.

Refugee women sex workers as well as lesbian, bisexual and trans people not only face similar forms of discrimination and stigma as other sex workers, but they face additional oppression based on their sexual identifies and their status as refugees. For example, the law in Uganda also criminalizes homosexuality. In 2014, the Ugandan parliament passed the Anti-Pornography Act to also operate against ‘prostitution’ which is perceived as immoral. As a result, it increases social stigmas, police violence and harassment. In combination with this bill, criminalization laws and high levels of homophobia contribute to further discrimination that denies sex workers’ access to health services such as HIV treatment.

Group photo OGERA

Stories of Stigma and Abuse

OGERA’s offices are located in a remote area of Kampala. The small but bright office, where the organisation welcomes members and guests, is protected by a high security gate. One of the rooms is used by members to do each other’s hair or make-up, as an additional income generating activity. The staff uses a car to do its outreach work in the refugee camps which are not so close by.

At the office Louise met with five transwomen who shared their personal stories of abuse and physical violence. Mainly from clients but also from the general community. The persecution they face from society due to their sexual and gender identities is a major burden and puts their livelihood and even lives at risk.

At a Refugee Brothel

Later that day, while the sun was blazing outside, Louise was shown around a refugee brothel in a small enclosed neighborhood in Rubaga. While children were running outside and there was ample noise of people passing by, it was relatively quiet inside. In a room that seemed like a shed made of wood, she met with about twenty refugee members of OGERA. They had fled from countries such as Rwanda, Democratic Republic of Congo or South Sudan.

They all shared stories of their daily realities, such as clients who refused to pay for their services. This is a common and risky situation due the high level of stigma against refugees and sex workers, that is further complicated by language barriers. It can be complicated to clarify services and boundaries with a client when you have no language in common.

They also shared their struggles of finding fulfilling employment other than sex work. There is no state income available for refugees in Uganda and sex work is one of the few ways to earn some money for refugees. Louise noticed how they all listened intently to each other’s experiences as well and continuously combined pain and serious conversation with jokes and laughter.

Successes

OGERA logoOGERA is a relatively well-known sex worker organization in the country, although it has only existed a few years. It has won the “sex work organization of the year” award and currently Shamilah coordinates the national network (UNESO). The group has established strong partnerships with various human rights based organisations and funders and contributed to international human-rights based publications about refugees and sex work (here and here).

One of OGERA’s core activities is to establish dialogues with health service providers and sensitize health workers to the issues faced by sex workers. The aim of this strategy is to overcome discrimination at health facilities. Sex workers also frequently face housing and employment discrimination. This occurs when landlords refuse to rent spaces to sex workers or when employers outside the sex worker community discriminate them based on their work, gender identity, sexual orientation and nationality and therefore hinder sex workers to find work in other fields. OGERA’s direct peer to peer support work and dialogues have improved LBT and refugee sex workers’ access to health and legal services.

World Refugee Day

OGERA World Refugee Day 2017

OGERA celebrating World Refugee Day in Uganda

Many sex worker groups organize around important international days for human rights advocacy, such as 3 March, 2 June or 17 December. When Louise visited Kampala, OGERA was in the midst of planning its activities for World Refugee Day on 20 June. This yearly event is an opportunity to commemorate the strength of the millions of refugees worldwide and to show support for families forced to flee their countries of origin. OGERA’s founder Shamilah has faced such hardship when she was only 6 years old. She grew up in Rwanda during the emerging war between the Hutu and the Tutsi in 1994. When the conflict escalated into a genocide, she and her mother were forced to flee their home to find safety in Uganda.

For the World Refugee Day, OGERA rented a football field near a sex worker hotspot in the center of town. The group chose this location because it was accessible enough to draw the community in while secure enough for the safety of the organisation’s team and members.

We later learned that the event had been a success. Sex workers from diverse countries showed up, both members and new contacts, and discussed issues affecting them and spoke about the importance of solidarity amongst the refugee sex worker community. Shamilah shared the following with the African LGBTI media platform Kuchu Times:

“This day means a lot to OGERA considering the fact that this one of our key target groups. It creates awareness about the issues that affect refugee sex workers in a foreign country like Uganda.”

Despite complications due to the language barriers, this event allowed diverse refugee sex workers to exchange experiences amongst each other in a relatively safe space. And despite the hardships they face, OGERA members find strength in shared moments of joy, singing and dancing. These experiences help to build feelings of empowerment and solidarity among the community.

Let’s work together as sex workers to create a bigger voice. However, we should respect, embrace and recognize diversity within the sex worker movement.”
Shamilah Batte

This blog post was written by Josja Dijkshoorn, who supported the Red Umbrella Fund’s grant-making process in the summer months in 2017 after her BA International Studies. She currently studies Gender Studies at Utrecht University.

22 Juin

Appel a Propositions Ouvert

Notre 2018 Appel à Propositions est maintenant ouvert!

Le Fonds Parapluie Rouge finance les organisations et les réseaux dirigés par des  travailleuses/ -eurs du sexe qui sont :

  • basés dans n’importe quel pays du monde ;
  • enregistrés ou non ;
  • dirigés par des femmes, des hommes ou des personnes trans.

Cliquez ici pour l’application Français!

[credit images: Atelier Victoria Catalina]

¡La nueva convocatoria global del Fondo Paraguas Rojo 2018 está abierta!

Haz clic aquí para Español.

Фонд «Красный Зонт» открыл прием заявок о соискании грантов на 2018 год!

Нажмите здесь для Pусский!

The Red Umbrella Fund’s 2018 Global Call for Applications is now open!

  • Is your group, organisation or network led by sex workers?
  • Do you agree that sex work should be recognised as work?
  • Do you contribute to building and strengthening the sex workers’ rights movement(s)?

Apply for a grant here!

28 Mar

Financer Un Mouvement

Présentation des nouveaux partenaires bénéficiaires du Red Umbrella Fund

 

Le Red Umbrella Fund a reçu 130 demandes admissibles de la part des groupes et des réseaux dirigés par des travailleurs du sexe au cours de notre appel mondial de demandes l’année dernière.

Toutes ces demandes ont été examinées et notées par notre  Programme Advisory Committee (PAC)  (Comite Consultatif de Programme) de nos 11 membres et, après plusieurs jours de délibération parmi les activistes des travailleuses et travailleurs sexuels, 26 groupes ont été sélectionnés pour une nouvelle subvention. Nous sommes ravis d’annoncer que le montant total des subventions pour toutes nos nouvelles subventions en 2017 s’élevait à un peu plus d’un million de dollars US !

 En fait, depuis la création du Fonds Parapluie Rouge en 2012, nous avons accordé 129 subventions de financement de base à 91 groupes et réseaux différents pour un montant total d’un peu moins de 4 millions de dollars US.

Choisir la diversité

 Dans la sélection des partenaires subventionnés, le Comité consultatif du programme confirme toujours que la sélection finale atteint une diversité de groupes et de réseaux, y compris ceux qui travaillent au niveau local, comme le Sex Workers Advisory Network of Sudbury (SWANS), à Canada ou Asociación de Trabajadoras Sexuales Trans de Quito dans la capitale de l’Équateur, ceux qui travaillent davantage au niveau national, comme All India Network of Sex Workers (AINSW) en Inde, Desiree Alliance aux États-Unis et Organización Nacional de Activistas por la Emancipación de la Mujer (ONAEM) en Bolivie, ainsi que ceux qui travaillent au niveau régional, comme RedTraSex en Amérique latine.

 En plus d’une diversité de portée, le PAC s’assure que les groupes qui travaillent avec les femmes, les hommes et les travailleuses et travailleurs sexuels transgenres soient tous inclus. Certains nouveaux partenaires bénéficiaires de subventions ont une orientation plus spécifique, comme Ashraya en Inde, qui travaille avec des travailleurs du sexe atteints de SIDA, ou Rainbow Mirrors Uganda, qui se concentre sur les jeunes travailleurs du sexe transgenre. Un autre partenaire subventionné, TAMPEP, a récemment été transformé en un réseau régional de travailleuses du sexe migrantes en Europe.

Enregistrés ou non

La sélection des bénéficiaires comprend certains groupes relativement nouveaux (deux ans ou moins), comme la Coalition des travailleurs du sexe du Surinam (SUCOS) au Surinam et le groupe de travailleurs du sexe migrants Red Edition en Autriche. Environ une subvention sur trois est accordée à des groupes qui ne sont pas officiellement enregistrés, comme l’Asociación de Mujeres Liquidámbar au Salvador.

Les raisons qui poussent à ne pas être enregistré peuvent être multiples ; parfois c’est un choix politique du groupe, dans d’autres cas le processus d’enregistrement est complexe, long, ou l’enregistrement est simplement refusé aux travailleurs/travailleuses du sexe qui s’organisent eux- et elles-mêmes. Pour un peu plus d’un tiers des partenaires subventionnés, comme pour Strumphet Alliance Network aux Fiji, il s’agit de la première subvention internationale que le groupe ait jamais reçue.

D’autres groupes, comme Organisasi Perubahan Sosial Indonesia (OPSI) en Indonésie et Parapli Rouz à Maurice, ont plus d’expérience avec les fonds internationaux, mais ont besoin de la subvention du Fonds Parapluie Rouge pour soutenir leur développement organisationnel et les coûts de défense des droits humains qui sont difficiles à couvrir avec le financement limité des projets et des services qui leur est plus communément accessible.

Sécurité

Alors que tous les partenaires subventionnés travaillent dans des pays où le travail du sexe est fortement stigmatisé et criminalisé d’une manière ou d’une autre, les préoccupations en matière de sécurité diffèrent grandement d’un pays à l’autre. Dans certains pays, la violence contre les travailleuses et travailleurs sexuels est extrêmement élevée, et certains groupes mettent fortement l’accent sur la prévention de la violence et les services de guérison des traumatismes. De nombreux dirigeants du mouvement ont partagé les menaces ou la violence directe liées à leur identité publique en tant que travailleuses et travailleurs sexuels. Ce risque est souvent accru lorsqu’une personne s’identifie avec les communautés LGBTQ ou démontre son soutien aux communautés LGBTQ. Les arrestations arbitraires, les abus policiers et les expulsions de bordel sont fréquents chez beaucoup de nos partenaires subventionnés. Au Bangladesh, par exemple, le HIV/AIDS Research and Welfare Center (HARC) s’est fortement organisé autour des expulsions de bordels. De nombreux groupes limitent leur présence en ligne, et l’un de nos partenaires subventionnés reste anonyme dans nos communications afin d’éviter des répercussions potentielles.

 Visibilité

 

D’autres groupes font beaucoup d’efforts pour accroître leur visibilité publique. Par exemple l’organisation macédonienne des travailleurs et travailleuses du sexe STAR-STAR, a organisé d’impressionnantes manifestations pleines des parapluies rouges et, en décembre 2017, a attiré la visibilité grâce à la performance artistique du Skopje Red Light District, comme le montre cette vidéo. De même, le Men Against Aids Youth Group (MAAYGO) au Kenya, le Sex Worker Advocacy and Resistance Movement (SWARM) au Royaume-Uni et Unidas en la Esperanza (UNES) au Paraguay ont utilisé la vidéo comme outil de diffusion de leurs messages. AMMAR Cordoba en Argentine montre constamment sa présence lors des manifestations, des événements, des festivals et des marchés locaux.

Dilemme

Nous sommes fiers d’avoir pu contribuer à obtenir plus d’argent et de meilleure qualité pour les mouvements de défense des droits des travailleuses et travailleurs sexuels, et nous remercions nos donateurs institutionnels et individuels pour leur soutien. Mais il est également clair qu’il y a encore une lacune importante pour le mouvement dans l’accès aux fonds nécessaires à leur organisation et à leur activisme. Pour les deux tiers des partenaires bénéficiaires de la subvention, il s’agit de leur première subvention du Fonds Parapluie Rouge.

« C’est excitant d’avoir un fonds où nous, les travailleuses et travailleurs du sexe, sommes aux commandes, mais aussi très difficile. Chaque année, nous accordons des nouvelles subventions à des groupes des travailleuses et travailleurs du sexe dans différentes parties du monde et ces groupes font un travail si important. Mais cela signifie aussi que chaque année, nous devons dire  » désolé que vous n’avez pas été sélectionné  » à la majorité des groupes qui postulent et cela est difficile. Nous savons à quel point c’est difficile parce que nous avons eu aussi cette expérience. » Tara Burns, ISC (Comité Directeur International) du Fonds Parapluie Rouge.

Bien qu’il soit formidable de pouvoir soutenir de nouveaux partenaires subventionnés, cela signifie aussi que les possibilités des partenariats à long terme du Red Umbrella Fund n’ont pas été disponibles pour tous les groupes que nous aurions aimé continuer à soutenir.

Plus de subventions

 Le mois prochain, le ISC (Comité Directeur International) du Fonds Parapluie Rouge se réunira pour prendre des nouvelles décisions concernant les stratégies et les priorités du Fonds Parapluie Rouge. Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour vous assurer de ne pas manquer notre prochain appel aux candidatures !

 

Par Nadia van der Linde
Coordinatrice, Red Umbrella Fund

 

Vous trouverez d’autres présentations et informations sur les nouveaux partenaires de subvention de Fonds Parapluie Rouge sur la page Facebook Red Umbrella Fund.

13 Nov

Éliminer les obstacles à la participation

Cinq ans de subventions participatives au Fonds Parapluie Rouge

Par Jurre Anema

Au cours des six derniers mois, j’ai eu l’honneur d’écrire ma thèse au bureau du Fonds Parapluie Rouge à Amsterdam. J’ai découvert le mouvement mondial des militant(e)s qui se battent pour les droits des travailleuses-eurs du sexe et j’ai eu l’occasion de parler avec certaines des personnes d’exception qui jouent un rôle de premier plan dans leurs mouvements aux niveaux local, régional ou mondial. Mon objectif était d’examiner comment la participation des travailleuses-eurs du sexe au Fonds Parapluie Rouge a été organisée et vécue. Alors que le Fonds Parapluie Rouge vient de célébrer son cinquième anniversaire, l’organisation prend le temps de réfléchir et de documenter son expérience afin de continuer à améliorer les missions qui l’attendent.

Des processus participatifs

« J’ai toujours pensé que le Fonds Parapluie Rouge était ce dont le monde avait besoin, parce que je trouve vraiment admirable l’idée de vouloir changer le lieu où est exercé le pouvoir. »

Nombreuses sont les études universitaires sur la participation qui décrivent les différents niveaux et qualités des processus de participation. En analysant les processus du Fonds Parapluie Rouge, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’est une organisation résolument participative,  se situant au plus haut niveau des modèles participatifs. La participation est au cœur du Fonds et à la base de chacun de ses processus, initiatives et décisions les plus importants. Le Fonds Parapluie Rouge a octroyé plus de cent subventions à des groupes dirigés par des travailleuses-eurs du sexe et a directement fait participer plus de quarante travailleuses-eurs du sexe de diverses régions à ses structures décisionnelles.

Un temps pour la réflexion

Le Fonds Parapluie Rouge a été créé en 2012. Et maintenant, cinq ans après l’attribution de ses premières subventions, le temps est venu de faire part de certaines des difficultés et des réflexions qui m’ont été confiées par des personnes qui ont participé à différents processus de prise de décisions du Fonds. Un grand nombre des difficultés auxquelles le Fonds Parapluie Rouge et ses participants sont confrontés ne sont pas facilement résolues ; elles s’inscrivent dans le cadre du travail entrepris avec un mouvement mondial et diversifié et une organisation participative.

Des obstacles à surmonter

Sur la base des entretiens que j’ai eus avec des personnes participant au Fonds Parapluie Rouge, j’ai constaté que  le Fonds Parapluie Rouge  se heurtait en particulier à cinq problématiques clés en matière de participation: les barrières linguistiques ; la distance ; les connaissances et l’expérience ; la sûreté et la sécurité ; les limites des ressources.

  • Surmonter les barrières linguistiques

Les participants à mon étude considèrent les langues comme l’un des plus grands obstacles. Le comité d’examen par les pairs du Fonds Parapluie Rouge, le PAC, fonctionne entièrement en anglais. Le Comité de pilotage international (ISC), pour ainsi dire le conseil d’administration, exerce ses activités dans trois langues (actuellement l’anglais, l’espagnol et le russe) , ce qui constitue un véritable exploit. Mais si quelqu’un ne parle aucune de ces langues, il n’est jusqu’à présent tout simplement pas possible de participer aux processus de prise de décision internes du Fonds Parapluie Rouge. Cela exclut la majorité des membres du mouvement mondial des travailleuses-eurs du sexe.

Et pour celles/ceux qui y participent, les personnes de langue maternelle anglaise ont un avantage évident. Elles n’ont pas besoin d’un interprète pour suivre le fil des conversations et peuvent donc souvent répondre et formuler leurs déclarations plus facilement que les non-anglophones. Cependant, la prise en charge des personnes qui ne parlent pas anglais est assurée : les documents sont traduits à leur intention et un interprète est présent à chaque réunion en ligne et hors ligne. En outre, lors des réunions de l’ISC et du PAC, les participants sont conscients des différents niveaux d’anglais et essaient de s’exprimer clairement et de parler lentement. De cette façon, les personnes qui peuvent effectivement participer aux réunions ont la possibilité de s’impliquer pleinement dans les discussions.

  • Surmonter la distance géographique

Comme le Fonds Parapluie Rouge fonctionne à l’échelle mondiale mais ne dispose que d’un seul petit bureau à Amsterdam, la plupart des communications se font en ligne via Skype, par téléphone et par e-mail. Les réunions en ligne, qui dépendent de la technologie,  sont complexes à planifier quand le décalage horaire entre les participants peut être de dix heures ou plus. Et il est reconnu que les militant(e)s et les groupes de défense des droits des travailleuses-eurs du sexe ne peuvent pas toutes/tous être aussi actives/actifs en ligne, ou ne sont pas toutes/tous en mesure de communiquer en ligne en toute sécurité en tant que travailleuses-eurs du sexe et défenderesses/défenseurs des droits humains. Habituellement, une réunion en présentiel est organisée une fois par an, sous réserve que les ressources le permettent. Ces réunions offrent des occasions précieuses d’instaurer un climat de confiance et de compréhension et d’avoir des discussions plus approfondies pendant lesquelles les participants peuvent travailler efficacement ensemble. Mais elles sont aussi relativement coûteuses et représentent un investissement en temps important pour tous les participants. De surcroît, les restrictions en matière de visas ont empêché le Fonds de réunir tous les participants au cours des réunions en présentiel.

  • Reconnaître et développer les connaissances et l’expérience

Il n’est pas nécessaire de posséder une vaste expérience du domaine de l’éducation et de l’octroi de subventions pour participer aux processus du Fonds Parapluie Rouge. En revanche, l’expérience du militantisme et la connaissance des mouvements, également au niveau local, sont très appréciées et pertinentes. Mais le fait de disposer d’une expérience au sein d’un conseil d’administration, travaillant sur une planification stratégique ou des budgets annuels, peut être utile.

« Les ONG internationales érigent toujours des obstacles qui empêchent aux travailleuses-eurs du sexe de se porter candidat(e)s. Ce n’est pas le cas, il me semble, avec le Fonds Parapluie Rouge. Le fonds n’exige pas de diplômes, il ne demande pas de licence, il demande simplement aux gens de la communauté d’apporter quelque chose qui a du sens. »

Mais le manque de connaissances et d’expériences adéquates est perçu comme un obstacle pour les participants (potentiels). Les personnes n’ayant pas ou peu d’expérience des réseaux ou des processus régionaux ou mondiaux pourraient ne pas se sentir à l’aise pour postuler à l’ISC ou au PAC. Cela paraît plutôt logique, dans la mesure où la prise de décision stratégique au niveau mondial peut être difficile, ce qui est aussi reconnu par les militant(e)s qui ont une expérience du mouvement mondial. Cependant, il y a beaucoup à apprendre en participant aux comités du Fonds Parapluie Rouge. Les personnes interrogées dans mon étude ont déclaré avoir acquis beaucoup de connaissances et développé de nouvelles compétences en tant que participants aux processus de prise de décision du Fonds.

  • Préoccupations en matière de sûreté et de sécurité

Les risques pour la sécurité et la sûreté encourus par de nombreux travailleuses-eurs du sexe ont également une incidence sur leurs possibilités de participer aux processus du Fonds Parapluie Rouge. Comme le travail du sexe est criminalisé et pénalisé dans de nombreuses régions du monde et que les niveaux de stigmatisation et de discrimination sont élevés, celles/ceux qui militent en faveur des droits des travailleuses-eurs du sexe ne veulent pas ou ne peuvent pas toutes/tous apparaître publiquement comme travailleuses-eurs du sexe. Ou être potentiellement identifié(e)s comme telles/tels. Il y a de fortes chances pour que ceci affecte leurs futures opportunités d’emploi dans le cas où ils voudraient changer de carrière. Dans certains pays, les enfants des travailleuses-eurs du sexe se voient refuser l’accès aux écoles. Les travailleuses-eurs du sexe migrants, en particulier les sans-papiers, peuvent choisir de faire profil bas autant que possible. Bien que le Fonds Parapluie Rouge respecte les diverses réalités des travailleuses-eurs du sexe et comprenne que tout le monde ne peut pas toujours s’identifier publiquement en tant que travailleuse-eur du sexe, cela peut rendre plus difficile pour certains militant(e)s la décision de s’engager.

  • Limites de ressources

Certains des obstacles susmentionnés peuvent être levés en fonction des ressources que le Fonds Parapluie Rouge peut affecter pour les résoudre. Il existe différents moyens d’améliorer l’accessibilité. Par exemple, l’ajout d’une langue supplémentaire au sein de l’ISC est possible, mais cela augmentera les coûts et compliquera davantage les processus internes. Comme l’a fait valoir un participant :

« Chaque fois, cela nécessite de trouver un équilibre dans la décision de l’ISC, consistant à savoir quelle est l’implication financière associée à un processus plus accessible, plus participatif ou plus inclusif. »

L’accessibilité (c’est-à-dire l’atténuation ou la destruction des obstacles) devient un exercice d’équilibre délicat entre le fait de permettre l’implication d’un éventail de participants aussi large que possible et, en même temps, de maintenir le bon fonctionnement de l’organisation. C’est un dilemme bien connu dans les initiatives participatives. En particulier pour le Fonds Parapluie Rouge, qui vise à consacrer au moins 70% de son budget annuel directement aux subventions. Cela signifie que ses frais généraux et autres doivent rester faibles.

« Je pense que le Fonds Parapluie Rouge fait ce qu’il fait avec les ressources dont il dispose, au mieux de ses capacités. »

Inclusivité

Les différents obstacles décrits dans ce blog ne représentent qu’une sélection de catégories générales et, à vrai dire, ne rendent pas compte de l’ensemble des difficultés et problèmes auxquels les travailleuses-eurs du sexe sont confronté(e)s lorsqu’elles(ils) veulent participer aux processus du Fonds Parapluie Rouge. Un obstacle jusqu’ici non mentionné est le nombre limité de places disponibles permettant aux personnes de participer. Quantité de personnes très compétentes et qualifiées ont postulé à plusieurs reprises pour rejoindre les comités du Fonds Parapluie Rouge, mais n’ont jamais été sélectionnées, ce qui peut aussi être frustrant et décourageant.

La diversité au sein du mouvement mondial conduit à une situation unique pour chaque militant(e). Mais, comme l’a souligné l’un des répondants de l’ISC :

« Il est largement reconnu [au sein du Fonds Parapluie Rouge] qu’il existe une diversité de travailleuses-eurs du sexe et que nous devons essayer d’être inclusifs, et essayer de prêter attention aux travailleuses-eurs du sexe qui ne sont généralement pas inclus(es), ou qui ne sont généralement pas entendu(e)s. »

Dans l’ensemble, les personnes qui ont participé à l’organisation affichent un solide soutien à son travail et à ses processus. Et c’est parti pour les cinq prochaines années !

 

Jurre Anema est étudiant en sociologie à la Vrije Universiteit d’Amsterdam. Dans le cadre de sa thèse de master, il a mené des recherches au sein du Fonds Parapluie Rouge sur leurs processus participatifs. Si vous êtes intéressé par cette étude et si vous souhaitez recevoir plus d’informations ou une copie de sa thèse, veuillez contacter le Fonds Parapluie Rouge à l’adresse suivante : info[arobase]Redumbrellafund[point]org.

12 Juil

Not Bad Migrants

The passport you hold determines a lot of your privileges, access and protection. I have always been able to benefit from a blue American passport— never being questioned while traveling, never having much difficulty obtaining a work or study visa abroad. My passport, white skin, and blonde hair provide me the privilege to exist and move through the world relatively freely. But in Eastern Europe, for example, a sex worker’s passport may determine whether she is – even with a legal residence permit – “targeted for rescue, detention and re-socialisation or deportation programs” by the government or NGOs.


Control

Last year I spent five months researching and writing a master’s thesis on human trafficking prevention campaigns and EU, Dutch, and UN human trafficking policies. I focused on migrant sex workers from Eastern Europe in the Netherlands. Much of the literature review included theories on state control of female sexuality, particularly the control of ‘foreign’ women by criminalising migration and victimizing migrant women sex workers.

This research, in addition to volunteering at the Red Umbrella Fund’s office in the Netherlands for the last eight months, has led me to think more about the status and labour conditions of Eastern European migrant workers, particularly sex workers, in the Netherlands. These experiences, including acquiring a Lithuanian passport for myself, have made me realize that our nationality, as well as our gender, ethnicity, sexual identity, and choice of work can greatly impact how we are perceived by the state. Whether we are feared or welcomed, and which rights we get access to.

Migrant Sex Workers in Europe

“There are stereotypes for instance— the hyper-sexualisation of women depending on [her country of origin]. This is also very harsh for us [sex workers], because when we travel from one country to another or go through airports, they assume we are sex workers just because we come from a specific country.”

–Pauline (Whores and Alliances) (link) referring to the abuse and discrimination black migrant sex workers face in Spain.

blog.nika

Red Edition, Austria

Migrant sex workers, depending on where they are from, what they look like, and which passport they hold, are treated differently by law enforcement, border control, and society. Migrant sex workers make up approximately 65% of the sex worker population in Western Europe and about 17% of the sex worker population in Central Europe (link). Migrants, refugees, and asylum seekers have been doing sex work as a means to sustain themselves and their families. The International Committee on the Rights of Sex workers in Europe (ICRSE) recently published a policy brief and recommendations on the rights of migrant sex workers. In this brief, ICRSE highlights that the criminalisation of migration and sex work is extremely problematic and dangerous for migrants and migrant sex workers.

“We want migrant sex workers to be seen and understood, to be acknowledged as migrant sex workers.” (link) -Kemal Ordek, Red Umbrella Turkey

Migrant labour

Structural, political, and economic changes in many regions of the world have led to an increase of migrants, particularly women migrants, seeking work in Europe. May this work be in factories or fields, in domestic or sex work, these are women who are working to support themselves and often times, their families. Migrant sex workers need to be included as part of the larger migration patterns and migrant labour movements, rather than how they are often perceived by the public, law enforcement, and media, as victims of human trafficking. The issue that remains is that sex work is not seen as work, but something that someone ‘must have been forced or tricked into’. So if this is the case, how can migrant sex workers, regardless of which passport they have, be seen as autonomous hard working individuals who moved in order to make a living?

TAMPEP, the European Network for HIV/STI Prevention and Health Promotion among Migrant Sex Workers, advocates for the human and civil rights of migrant sex workers in Europe. When sex work is criminalised and migration is increasingly controlled, migrants and migrant sex workers are forced even further underground. They can no longer trust the police or government officials, in fear of being arrested, detained, or deported. This is when migrants turn to third parties (i.e., friends, neighbours, family members, acquaintances, travel agents) to assist them in their migration process. This dependency and lack of ability or perceived ability to access justice increases the risk of exploitation.

How to become a trafficker

Unlike the UN’s Palermo Protocol (The UN’s human trafficking article) which clearly states that a human trafficking offense requires a form of coercion or deceit, the Dutch article 273F 1.3 essentially criminalises assisting a migrant in their journey to the Netherlands even without any coercion or deceit. Under this article, taking someone across the border to the Netherlands is enough to be considered human trafficking.

blog.nika2

SWARM, UK

Felicia Anna, a Romanian sex worker and blogger living and working in Amsterdam, discusses this issue in her blog Behind the Red Light District. Felicia Anna uses the following example to illustrate how damaging and infuriating this law is. Someone is driving through Germany heading to the Netherlands, and he or she sees a woman along the road who is looking for a ride to Amsterdam because she wants to work in the Red Light District. She’s alone, no one has deceived her of the work she will do there, or coerced her to go to Amsterdam. The driver agrees, since he or she is already heading to Amsterdam, and why not help a fellow passenger? Once they have crossed the Dutch border together, the driver of the car is a criminal according to Dutch law and the woman is a victim of human trafficking.

It is important to note that this law article only applies to individuals working in the sex industry, even though trafficking and labour exploitation clearly take place in other sectors too. This is one way the Dutch government has problematized migrant sex workers coming to the Netherlands to do sex work. But if the majority of sex workers in Western Europe are migrants, and many of them come from Eastern European countries, why criminalise someone assisting someone else who wants to do sex work in the Netherlands if it is legal for them to do so?

Demands

Based on their own research among migrant sex workers in Europe and Central Asia, ICRSE identifies the following key demands to policy makers:

  • Support the decriminalisation of sex work in order to ensure (undocumented) migrant sex workers’ access to health and justice.
  • Support migrants’ regularisation and an end of deportation of (undocumented) migrant sex workers.
  • Ensure that asylum seekers, refugees and (undocumented) migrants have access to welfare support to economic and employment opportunities.

Sex worker organizing

blog.nika3

SWARM, UK

Last October I was able to observe the Programme Advisory Committee (PAC) meeting of the Red Umbrella Fund as a note taker. Each year, the PAC reviews the grant applications from sex worker groups all over the world and select new grants to be made. In last year’s selection process, the PAC members noted that there seemed to be quite a few new migrant sex worker groups applying for a grant. Migrant sex workers face discrimination on multiple fronts. They face challenges as sex workers and as migrants, and have unique needs to be met. But they are often not included in migrant organisations and not sufficiently included in most sex worker organisations either. This rise in migrant sex worker groups makes me hopeful in that migrant sex workers are increasingly organizing and making their demands heard. To policy makers, as well as the larger sex workers’ rights movements.

 

This blog was written by Nika Norvila, who supported the work of the Red Umbrella Fund as a volunteer for eight months in 2016 and 2017.

04 Oct

As Rosas Já Falam: My Love Letter to AWID

AWID Daspu lineupFrom September 8th to 11th, many feminist sex workers’ rights advocates and allies made their way to Salvador da Bahia, Brazil and gathered at the AWID Forum. AWID’s forum is a massive global gathering that brought together over 1800 feminists from all over the world this year. While the history of sex work activism in feminist spaces is long, the meaningful and respectful participation of sex workers in these spaces is sparkling new.

“We are whores. We are feminists. And we have rights.” – Cida Vieira, APROSMIG (Brazil)

Ana Luz Mamani, a sex worker activist from Mujeres del Sur in Peru and member of the International Steering Committee of the Red Umbrella Fund, spoke to a large crowd about funding sex worker organising in the plenary “Money and Movements”. And that was just the start of the evening…

It was followed by a DASPU fashion show organised by sex worker activists to raise visibility for the sex workers’ movement and sex work « as work ». DASPU is a Brazilian sex worker-brand that is renowned for its fashion shows filled with humour, pride and advocacy messages. While the audience danced and cheered on their chairs, sex workers and allies from more than twenty nationalities performed on stage.

Let me tell you, it was a blast!

IMG_3058The catwalk celebrated the existence of the Red Umbrella Fund, which was launched at the AWID Forum in Turkey in 2012, and the “growing and showing” sex workers’ rights movements. Since its launch, the Red Umbrella Fund has made 78 grants, totalling over 1.8 million USD of direct financial support to sex worker organising in 45 countries.

Open Arms

The show also symbolised a big “thank you” to AWID for welcoming sex workers into these feminist spaces with open arms. For creating room for a feminist dialogue with sex workers beyond the often overwhelming trafficking and exploitation debates.

IMG_3042

Photo: Sangeeta Ramu Manoji, VAMP (India)

Personally, I was honoured to celebrate sex workers’ lives, experiences, affections, challenges but also opportunities with friends and fellow activists from around the world! I was thrilled with the large amount of positivity I heard about the vibrant moves of the sex worker show at AWID’s arena. Among the comments was a celebration of our ability to bring together the diversity of the sex worker movement – which includes sex workers of all genders, sexual orientations, race, and class – on stage, and to mobilise hundreds of enthusiastic feminists. Sex worker activism does not always get such a response in feminist spaces.

So sex workers fight trafficking?

“Anti-trafficking policy in Canada is anti-sex work policy. Actually, we don’t need the police to rescue us. Sex workers need to know their rights. (…) Migrant sex workers are treated as terrorists in Canada. This year alone, 16 women in our network have been arrested. They have trauma. Not because of trafficking or exploitation, but because of the arrest and police treatment.” – Elene Lam, Butterfly (Canada)

The Red Umbrella Fund co-hosted a session that elaborated on the need to acknowledge sex workers as key allies in the fight against sex trafficking and labour exploitation. Elene Lam (Butterfly Asia and Migrant Sex Workers Project, Canada), Cida Vieira (APROSMIG, Brazil) and Kiran Deshmukh (VAMP, India) shared diverse examples of how they stand up for their rights as sex workers and for the rights of people who have experienced sex trafficking and sexual exploitation.

“Raids [of brothels] in India are very violent. They are often sponsored by anti-trafficking NGOs. They have a lot of money. We struggle to find money to collectivise but they have big budgets. (…) Every woman who opts to be in sex work should have that right and should be able to work in safe work conditions.” – Kiran Deshmukh, VAMP (India)

IMG_0079

Photo: Elene Lam, Cida Vieira, Bandana Pattanaik, Kiran Deshmukh, Aarthi Pai

They expressed the need to talk about labour and migration rights for women and to gain respect for sex workers’ voices and experiences, as well as to value their vast knowledge in the field. Bandana Pattanaik from the Global Alliance Against Traffic in Women (GAATW) concluded that the presentations “demonstrated that sex worker organisations are claiming their space, involving communities, and engaging at policy level to combat trafficking”.

Funding Movements

In the session, ‘How Can Funders Most Effectively Support Young Feminist, Trans* and Sex Worker Movements’, the Coordinator of the Red Umbrella Fund, Nadia van der Linde, advocated for more and, importantly, better funding for sex workers’ rights. She then opened the discussion with the sex workers and other activists in the audience about how funders can improve their funding in support of, and together with, their respective social movements.

Some of the needs expressed to funders were:

  • listen to the community;
  • provide long-term and flexible support;
  • support strategies and capacity to overcome closing civil society spaces and bureaucracy;
  • translation support; and
  • introductions to other funders.

No Turning Back!

Photo: Gabriela Leite by Luiz Garrido

Every forum day, sex workers were visible in one or more sessions in the programme, whether from the perspective of fun and pleasure, transgender rights, or artivism. I heard numerous people at AWID say that they believed this was “the tipping point” for the global feminist movement’s embracing of sex workers’ rights. I witnessed a growing understanding that sex work is a human rights issue in which feminists play an important role in pushing a rights-based agenda forward. As stated in the title of Open Society Foundations’ report that was also launched at AWID, there is No Turning Back.  The way forward is jointly with and in support of sex workers.

So this was my love letter to AWID and to all those who made sex worker participation possible and outstanding. To quote Gabriela Leite, a sex worker activist from Brazil and creator of DASPU: “as rosas já falam” (sex workers already have a voice). Just listen. 

By Dennis van Wanrooij, Red Umbrella Fund

01 Juil

Notre Appel à Propositions est ouvert!

Notre 2016 Appel à Propositions est ouvert jusqu’au 1er Août

Votre groupe, organisation ou réseau est-il dirigé par des travailleuses/ -eurs  du sexe ?

Votre groupe, organisation ou réseau reconnaît-il le travail du sexe comme un travail ?

Votre groupe, organisation ou réseau cherche-t-il à contribuer à l’établissement ou au renforcement du mouvement des travailleuses/ -eurs  du sexe ?

Cliquez ici pour deposer une demande de subvention.

Red Umbrella Fund Call2016 poster_FR

Comment deposez une demande de subvention?

Télécharger l’affiche

The Red Umbrella Fund’s global Call for Applications is open until 1 August 2016.

Apply for a grant here.

¡La nueva convocatoria global del Fondo Paraguas Rojo (2016) está abierta!

Haz clic aquí para Español

Фонд «Красный Зонт» открыл прием заявок о соискании грантов на 2016 год!

Нажмите здесь для Pусский

 

 

21 Avr

Why Sex Work should be Decriminalised

Sex work (or prostitution as many know it) is a subject surrounded by fierce discussion, often about human trafficking. In much of the discourse, the line that separates the concept of sex work from human trafficking seems to have all but disappeared.

Discrimination, indignity, violence and diseases – all issues sex workers in many countries face regularly. But not because it necessarily is ‘part of their job’, but because society condemns and criminalises them.

A 17-year old girl from Thika (Kenya)has been arrested by the local police for soliciting sex. She gets assigned a police cell . The chief commands one of the officers to deliver him the girl the following morning. She is raped repeatedly. When the chief is done with her she can go back to her cell. Two other officers  follow this pattern for  days. Then finally, the girl is released.

I can imagine you thinking of sex work as  something a bit strange. When you hear that 85% of women working in the Red Light District does so against her will, it makes sense to wonder why we still accept this in the Netherlands. I can imagine you might turn against  sex work if you hear only about exploitation and abuse. And I can even understand that, in terms of your religion, or values around sexuality, you find it strange that some people use sex to earn money. It is easy to follow the mainstream media who present you this information on a silver platter. Before I learned differently, I believed the same.

June 2015. It’s the first time I’m on the phone with Nadia, Coordinator of the Red Umbrella Fund. Nadia tells me that the Red Umbrella Fund supports sex workers in order to improve their work and living conditions. I think about a documentary I once saw: ‘Jojanneke in de Prostitutie’. It was supposed to be about sex work, but all that I saw were conditions that made me think of human trafficking. I wonder why someone would support something degrading like sex work? This required some research. Disbelief turned out to be naivety and ignorance changed to  knowledge.

In no time,  I am transformed in a firm advocate of decriminalisation. Why? Because the ‘degrading ’ part is in the way sex workers are treated, not in  the work itself.

The story of the girl from Thika is just one small example of what I read in Open Society’s report on violence and abuse against sex workers in Kenya (2008). In Kisumu, another city in Kenya,  sex workers are often directly claimed by senior police officers. One women was kept imprisoned and abused in the house of one of the agents. After four days, when a new victim was arrested who could take over her place, she was released. The way female police officers treat sex workers isn’t much better. Arrested sex workers are not aloud to walk, but have to crawl. They are forced to perform stripteases in order to be humiliated. Often they have to sleep on the ground and don’t get proper food. At night they get ordered to mop the floor with urine and water mixed together, for no other reason than it being possible.

'Only rights can stop the wrongs.' Credits: Dale Kongmont, APNSW

‘Only rights can stop the wrongs.’ Credits: Dale Kongmont, APNSW

This doesn’t only happen in Kenya. Rape and violence by police and customers is common in many countries. Sex workers are regularly banished from their community and denied access to healthcare. In Cambodia, for example, sex workers can’t reach out for HIV medication. Are we ever going to solve the worldwide HIV problem if the most vulnerable group to this disease can’t receive any help? I don’t think so. One sex worker declared that she has accepted a two dollar offer for sexual intercourse because if she didn’t, her child wouldn’t eat that night. Without labor rights and basic human services, she has no choice but to agree to such low prices.

The stories hit home, injustice is something that always touches me very deeply. The problem is actually pretty simple: with such a lack of respect respect, sex workers aren’t seen as worthy human beings. If society doesn’t accept you, you don’t have much money and your job is illegal, you end up in very vulnerable positions. Violence and exploitation then become inevitable.

Why do we have such a problem with sex work?

Sex work is ‘the voluntarily sexual exchange  between two people upon payment.’ In my opinion nothing is wrong with this. If free sex is accepted, why isn’t payed sex? Or are we struggling with the addition of the word ‘voluntary’ which is a word that doesn’t seem to exist when people think of sex work?  We all know human trafficking is horrible. However, by criminalising sex work we create an ‘underground world’ where it is extremely difficult to separate wrong from right. It won’t only do harm to those that voluntarily work in the business, but also, and maybe even more, to the ones that don’t. This already existing underground will grow, and real human trafficking victims will disappear in the mass. This is an underground world wherein rights don’t exist. A world that’s hard to reach for rescue teams. A world wherein sex workers become even more vulnerable to addiction, violence and disease.

A great example of this underground world involves the issue of HIV. In countries like Tanzania and China, but also in the United States, sex workers are being arrested by the police, simply for carrying condoms.

If the choice is getting arrested or taking a risk and working without condoms in order to feed your child, what would you do?

The consequence is, as you can imagine, that many sex workers start working without condoms.

An honor to sex workers all over the world, statue Belle in Amsterdam. Source: Mariska Majoor

An honor to sex workers all over the world, statue Belle in Amsterdam.
Source: Mariska Majoor

Some say sex work should be replaced by ‘normal work’. Actresses like Kate Winslet and Meryl Streep agree. They oppose Amnesty International’s new decriminalization policy. Ignoring the fact that some sex workers actually do enjoy their work, it is also very easy to make statements like these when you live in Hollywood, where money flows. Think of the woman who accepted two dollars for her services in order to feed her child. How will she find a ‘normal job’ in a country where there is a shortage in jobs? Factors such as poverty, lack of education, health and social status have a lot of influence on freedom of choice. That is why we have to realise that alternatives to sex work, if desired, are only possible when the economy allows it.
Forcing a sex worker to do 12-hour shifts in a textile factory for a pittance, which happens a lot, is definitely not the right solution. That looks more like human trafficking than sex work. NGOs who support these so-called ‘rescue operations’ should be ashamed. The woman who wants to feed her child needs nothing more than human rights and protection of her safety.

Amnesty International posted a video in which a women speaks about sex work, the money she earned doing it, and how it made it possible for her to save her children from a violent father. It reminded me of an interview with Marjan Wijers, researcher on human trafficking and sex work, which she did for magazine De Groene Amsterdammer:

‘Feminists should be the ones fighting for the rights of sex workers. The stigma on prostitution touches every women. It keeps the idea alive that the right of protection against violence depends on their honor or sexual purity.’

What is more powerful than a women saving her children from an abusive father? That doesn’t deserve discrimination or a jail sentence, only respect.

Eva Jansen, for the Red Umbrella Fund
This post was translated from Dutch. You can find the original post here.