02 Juil

“Nous sommes humains avant tout” – les travailleur.se.s du sexe s’organisent à l’île Maurice

Parapli Rouz, ou ‘Parapluie Rouge’ en créole mauricien, est la seule organisation communautaire promouvant les droits des travailleur.se.s du sexe à l’île Maurice. Le groupe est un partenaire du Fonds Parapluie Rouge et reçoit une subvention depuis 2015. Travailler depuis une nation insulaire est un chemin semé d’embûches, par exemple réussir à être visible et faire entendre sa voix dans un monde de plus en plus global et connecté. Mais les travailleur.se.s du sexe mauricien.ne.s ont un message fort à porter et savent se faire écouter.

Campagne de sensibilisation de Parapli Rouz – “J’ai les mêmes droits que toi”

Une population de travailleur.se.s du sexe sous-estimée

La dernière enquête nationale estime le nombre de travailleur.ses du sexe à Maurice à 6,223 femmes et 1,649 travailleur.se.s transgenres. Parapli Rouz rencontre seulement une poignée d’hommes travailleurs du sexe chaque année. Au-delà du travail de rue, les travailleur.se.s du sexe travaillent depuis leur domicile, les salons de massage, les restaurants, bars et boîtes de nuit ainsi que sur les plages et sur des catamarans. Certain.e.s travailleur.se.s du sexe font des allers-retours vers l’île voisine de la Réunion où ils/elles peuvent mieux gagner leur vie. Selon Parapli Rouz, ces statistiques sous-estiment copieusement la réalité et devraient être multipliées par minimum deux ou trois. Durant la seule année 2017, Parapli Rouz a rencontré plus de 2,000 travailleur.se.s du sexe à travers son travail de proximité.

L’un des challenges les plus importants pour les travailleur.se.s du sexe mauricien.ne.s sont les arrestations arbitraires des travailleur.se.s de rue. Même si la tenue de maisons closes est la seule activité criminalisée par la loi mauricienne, les travailleur.se.s de rue se font arrêter pour des motifs tels que « être dans la rue la nuit », «transporter des préservatifs dans leurs sacs» ou encore «être habillé.e.s de manière indécente », bien que ceux-ci ne constituent pas formellement des infractions passibles de sanctions.

Arrêté.e pour le seul motif de se promener dans la rue la nuit

Afin d’être relâché.e.s par la police, les travailleur.se.s de rue sont forcé.e.s de signer des rapports d’enquête fallacieux et se voient souvent refuser leur droit de passer un coup de téléphone depuis le commissariat. Les charges qu’ils/elles encourent ont souvent affaire au «racolage », à l’’«importuning» (le fait de solliciter l’attention de potentiels clients) ou encore «l’oisiveté et l’atteinte à l’ordre public ». Quand ces affaires sont portées devant le tribunal, les travailleur.se.s du sexe sont condamné.e.s à payer des amendes allant de 2,000 à 8,000 roupies mauriciennes (50 à 200 euros) et à des peines de prison allant jusqu’à 3 mois.

Cette bande dessinée – conçue par un groupe de travailleur.se.s du sexe et dessiné par l’ancienne présidente de Parapli Rouz Dani – est utilisée comme outil de sensibilisation à l’égard des médias, des parlementaires et de la police. Elle explique en une page l’étendue des défis et abus auxquels les travailleur.se.s du sexe font face : les clients qui refusent de payer et/ou sont violents, les agents de police qui inculpent les travailleur.se.s du sexe pour racolage au lieu d’enregistrer leurs plaintes, et les prestataires de santé qui ne prennent pas leurs blessures au sérieux et ne leur administrent pas les soins nécessaires.

Une caravane pour lutter contre les abus policiers

Pour faire face à ces violations des droits humains des travailleur.se.s de rue, en 2015 Parapli Rouz a utilisé une partie de son premier financement du Fonds Parapluie Rouge pour acheter une caravane. L’équipe utilise ainsi la caravane pour mener une fois par semaine son travail de proximité dans divers lieux de travail disséminés sur l’île. La simple présence de travailleur.se.s communautaires dans les lieux de travail de rue a visiblement améliorer la situation et aider à mettre fin à l’impunité des agents de police, qui savent désormais qu’ils sont surveillés.

« Malgré la violence et la discrimination, nous sommes toujours là en force”

Un premier procès gagné en 2016 – Parapli Rouz a fourni une aide juridique et un avocat à une travailleuse du sexe encourant des poursuites et celles-ci ont été abandonnées par le tribunal – a permis de créer un précédent : les commissariats de police sont maintenant conscients que Parapli Rouz se tient aux côtés des travailleur.se.s du sexe et qu’ils ne sont plus des proies faciles.

 

Ce travail porte ses fruits : récemment, une travailleuse du sexe de Quatre Bornes a été arrêtée mais s’est vue pour la première fois octroyer son appel téléphonique. Les travailleur.se.s portent désormais avec eux/elles des cartes de visite de Parapli Rouz qu’ils ou elles présentent aux officiers quand ils ou elles entrent en contact. Ces cartes envoient un message fort et prouvent que les travailleur.se.s du sexe ne sont ni seul.e.s ni impuissant.e.s. En plus de cette caravane, Parapli Rouz s’apprête à lancer un numéro vert (hotline) pour les travailleur.se.s du sexe, disponible 24h/24 et 7j/7. L’objectif est d’être capable de réagir rapidement dans les cas d’urgence – comme des actes de violence de la part de la police ou de clients – quand l’équipe n’est pas sur le terrain, et d’accroître la sécurité des travailleur.se.s à toute heure.

D’un focus sur le SIDA/VIH à une stratégie de lobbying et de plaidoyer

Peu après sa création en 2010, Parapli Rouz a reçu des fonds du Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et la Malaria, pour mettre en place des activités en lien avec la prévention VIH au sein de la communauté des travailleur.se.s du sexe. La coordinatrice de l’organisation, Sophie Ganachaud, explique que Parapli Rouz a toujours souhaité travailler davantage sur le plaidoyer, mais que cela n’a jamais été reconnu comme une priorité par leurs bailleurs de fonds potentiels, dans la mesure où la défense et la promotion des droits des travailleur.se.s du sexe demeurent hautement controversées. En effet, les financeurs ont tendance à prioriser fortement la lutte contre le SIDA/VIH sur la continent africain (auquel l’île Maurice est traditionnellement attachée). Pour cette raison, les organisations de la société civile ont souvent des difficultés à étendre leurs activités au-delà des services de santé, vers davantage de lutte pour leurs droits humains.

Sur le panneau : “Nous sommes humain.e.s avant tout. Merci Parapli Rouz”

Avec le financement flexible de base du Fonds Parapluie Rouge, Parapli Rouz a décidé de restructurer l’organisation et de dédier davantage de temps au plaidoyer externe. Bien qu’il travaille toujours sur la prévention VIH, le groupe est désormais doté d’un plan de plaidoyer exhaustif ciblant les services de santé, le personnel politique, la police et les médias. Le groupe a organisé un atelier pour les journalistes, dans l’objectif d’en finir avec le ton moralisateur et les portraits irréalistes qui sont monnaie courante lorsque le sujet du travail du sexe est traité dans les médias. Il en résulte une plus grande et meilleure couverture médiatique du travail de l’organisation dans la presse locale. Encouragé par ce succès, Parapli Rouz va embaucher un chargé de communication pour étendre plus encore leur influence et présence dans les médias.

L’hypocrisie comme pire ennemi

L’un des plus gros défis de Parapli Rouz est de réussir à développer des relations avec des représentant.e.s des institutions publiques nationales. A plusieurs reprises, des représentant.e.s du gouvernement ont pris position en faveur du travail du sexe lors de réunions privées, mais l’expérience tend à montrer qu’ils/elles ne partagent jamais cette opinion sur la place publique. Le risque politique lié à une telle prise de position est toujours élevé à l’île Maurice, et les doctrines religieuses sont très influentes. Comme nous l’explique Sophie Ganachaud, coordinatrice de Parapli Rouz : « pour les politicien.ne.s mauricien.ne.s, soutenir les droits des travailleur.se.s du sexe revient à signer son propre arrêt de mort politique et risquer la fin de sa carrière politique ».

Campagne de sensibilisation de Parapli Rouz par la coordinatrice Sophie : “Arrêtez l’hypocrisie”

En 2016, la Ministre de l’Egalité entre les Genres s’est jointe à la commémoration du 17 Décembre (la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux travailleur.se.s du sexe) organisée par Parapli Rouz, et a publiquement offert de collaborer. Malheureusement, elle a démissionné deux jours plus tard.

Toutefois, Parapli Rouz continue à inviter des officiers gouvernementaux et de la police, en espérant qu’ils finiront par s’exprimer haut et fort et à prendre position en public, à profil découvert. Le 17 Décembre 2018, Parapli Rouz a organisé une marche pacifique et un discours officiel au Jardin de la Compagnie, dans la capitale Port Louis. Il s’agit d’une véritable victoire pour Parapli Rouz, puisque c’est la première fois que le groupe obtient l’autorisation de manifester et de défiler devant le Parlement. La manifestation a réuni un grand nombre de travailleur.se.s du sexe et allié.e.s et a reçu une bonne couverture médiatique.

Une recette pour le succès

Sur le panneau : ‘’Nous avons le droit de prendre soin de notre santé”

A la suite de la restructuration de l’organisation en 2018, l’équipe a déménagé de son local de Port Louis pour s’installer dans des bureaux moins chers et plus spacieux dans la zone centrale Beau Bassin, qui abrite une grande partie de la population de l’île. A la suite de leur arrivée, Parapli Rouz a organisé avec succès des rassemblements communautaires entre les travailleur.se.s du sexe des deux secteurs, de manière à augmenter le sentiment de solidarité entre les deux groupes et de désamorcer tout sentiment de territoire ou de compétition. La recette de ce succès est un concept que les membres du groupe appellent la ‘’corité’’, soit un mélange de ‘’collaboration’’ et de ‘’solidarité’’. Leur but est d’unir les forces des différentes communautés de travailleur.se.s du sexe (les trans, les femmes, les travailleur.se.s de rue et ceux/celles travaillant depuis d’autres lieux) pour faire face à leurs ennemis communs et défendre leurs droits ensemble.

Cet article a été écrit par Claire Gheerbrant, sur la base d’une interview avec Sophie Ganachaud (coordinatrice), Shameema Boyroo (chargée de mobilisation communautaire) et Mélanie Babet (chargé du soutien à la mobilisation communautaire).

La bande dessinée figurant dans l’article a été créée par Dany, ancienne présidente de Parapli Rouz aui nous a récemment quittée, et à qui cet article est dédié.

 

 

 

21 Juin

Il est temps de monter le son

Par Nadia van der Linde

Traduit par Claire Gheerbrant

Merci de citer cet article comme suit: N van der Linde, ‘Time to Turn Up the Volume’, Anti-Trafficking Review, Anti-Trafficking Review, issue 12, 2019, pp. 194-199, www.antitraffickingreview.org.

Je me rappelle le premier panel de bailleurs de fonds / donateurs que j’ai organisé. C’était à la conférence “Global Social Change Philanthropy” à Washington en 2013. Je venais juste de commencer mon travail en tant que coordinatrice du Fonds Parapluie Rouge – le fonds pour et par les travailleur.se.s du sexe, qui avait été créé peu de temps auparavant. J’ai organisé une session qui avait pour but de clarifier la distinction entre travail du sexe et traite des personnes, ainsi que de mettre l’accent sur la nécessité de financer les initiatives collectives des travailleur.se.s du sexe.

Nous avions un panel robuste : un.e extraordinaire militant.e travailleur.se du sexe, un.e universitaire très bien informée, un prestataire de services passionné et un bailleur de fonds engagé. Malgré cela, j’allais tomber de haut : même si le line-up était sur le papier parfait, il n’y avait pratiquement personne dans la salle. Sur le moment je me suis dit, si on ne parvient même pas à faire venir les bailleurs pour qu’ils s’informent au sujet des droits des travailleurs du sexe, comment va t’on répondre aux besoins des associations de travailleurs du sexe qui luttent pour leurs droits humains fondamentaux ?

Pourquoi avons-nous besoin des bailleurs de fonds ?

Les travailleurs.se.s du sexe sont criminalisé.es pour leur façon de gagner leur vie dans la quasi-totalité des pays et juridictions, à l’exception d’une poignée d’entre eux. S’adresser au stigmate et à la violence est une des priorités clefs pour les groupes de travailleur.se.s du sexe partout dans le monde. Pour la plupart des travailleur.se.s du sexe, la police n’est pas une source de protection mais plutôt le perpétrateur de la violence [1]. Le harcèlement, la confiscation de préservatifs, les extorsions, les arrestations arbitraires et les viols sont des exemples courants de violence policière. Même aux Pays-Bas, où est le travail du sexe est régulé, la plupart des travailleur.se.s du sexe ne vont pas déposer plaintes pour des cas de violence physique ou sexuelle[2]. La Nouvelle-Zélande est une rare exception, puisque le travail du sexe y est décriminalisé et que le gouvernement participe au financement d’une association de travailleur.se.s du sexe qui fournit des informations, des services et du soutien à leurs pairs. Le Collectif des Prostitué.e.s de Nouvelle-Zélande et la police travaillent ensemble pour prévenir les cas de violence et encourager les travailleur.se.s du sexe à porter plainte quand ils/elles subissent une agression sexuelle et d’autres crimes violents[3].

Les travailleur.se.s du sexe de par le monde s’organisent contre la criminalisation, qui met non seulement leur subsistance financière en danger mais aussi leur vie entière et celles de leurs êtres chers. Ils/elles sont généralement reconnu.e.s comme un groupe marginalisé et très vulnérable dans notre société, combinant de multiples formes de stigmatisation du fait de leur profession, mais aussi parce qu’ils/elles sont souvent pauvres, peu éduqué.e.s et appartiennent à des groupes indigènes ou populations migrantes, sont trans ou homos, ou encore mères célibataires. Malgré cela, les financements pour soutenir les organisations de travailleur.se.s du sexe et leurs efforts de mobilisation communautaire sont rares[4]. En 2013, les fondations ont investi la maigre somme de 11 millions de dollars US pour soutenir les droits des travailleur.se.s du sexe à l’échelle mondiale[5]. La majorité des organisations de travailleur.se.s du sexe ne reçoivent aucun financement, et ceux qui bénéficient d’une subvention ont en général un budget annuel inférieur à 70 000 dollars US et leur dépendance au travail bénévole reste élevée.

En parallèle, les programmes “raid et sauvetage” et les centres de réhabilitation continuent de recevoir des financements généreux en tant que supposés modèles de soutien et d’aide aux femmes travaillant dans l’industrie du sexe.

Les organisations de travailleur.se.s du sexe font appel aux bailleurs pour qu’ils apportent davantage de financements de long-terme qui puissent couvrir les salaires, formations, services juridiques et activités de plaidoyer. Ils/elles veulent aussi que les bailleurs de fonds s’expriment haut et fort en faveur des droits des travailleur.se.s du sexe[6]. Récemment, lors d’une conversation avec mon collègue d’un autre fonds pour les droits humains, il m’a révélé que bien qu’ils/elles eussent donné quelques subventions à des groupes de travailleurs du sexe dans le passé, ils/elles n’avaient jamais réalisé que la plupart des autres ne finançaient toujours pas ce type de travail. Nous avons clairement besoin de mettre à profit nos connaissances et notre réseau afin d’éduquer et de rendre plus actifs nos homologues philanthropes.

Changer de perspective

Les témoignages et expériences de vie des gens sont la meilleure façon d’éduquer les bailleurs. Nous avons interrogé le personnel d’organisations de financement qui ont changé de perspective : ils/elles sont passé.e.s de la présomption que tout travail du sexe (ou toute prostitution) relève de l’exploitation et de la traite des personnes à la reconnaissance des travailleur.se.s du sexe comme êtres humains qui doivent voir leurs droits reconnus, y compris en rapport avec leur travail. Cela a mis en évidence que la recherche universitaire, les documents des Nations Unies et le soutien officiel d’organisations de défense des droits de l’homme sont tous utiles, mais que le levier principal pour arriver à une position plus nuancée vient d’une interaction directe avec des travailleur.se.s du sexe[7]. Nous avons besoin de réunir les bailleurs de fonds et les travailleur.se.s du sexe autour de la même table.

Le dialogue international entre militants et bailleurs sur le travail du sexe et la traite des personnes qui a eu lieu en 2008 était un succès remarquable en ce qu’il a amené les donateurs à écouter les travailleur.se.s du sexe[9]. Les membres du «Global Network of Sex Work Projects (NSWP) » ont joué un rôle crucial dans l’éducation des bailleurs, en partageant leurs expériences sur les conséquences néfastes pour les travailleur.se.s du sexe de nombre d’initiatives de lutte contre la traite contre la traite des personnes. À la fin de l’évènement, les bailleurs s’unissaient et reconnaissaient que les travailleur.se.s du sexe avaient besoin de financements pour s’organiser efficacement and défendre leurs droits. Quatre ans plus tard, le Fonds Parapluie Rouge était lancé[9].

À ce jour, le Fonds Parapluie Rouge has octroyé 158 subventions à 103 groupes de travailleur.se.s du sexe dans plus de 50 pays. Ces investissements ont résulté à des organisations et un leadership plus forts et ont augmenté la solidarité et les connections au sein du mouvement et même au delà. Ceci n’est cependant pas suffisant pour encourager un réel changement. Pour chaque subvention accordée, les candidatures de beaucoup d’autres groupes doivent être déclinées du fait de  nos limitations budgétaires.

S’auto-organiser pour les droits du travail

Depuis la création du Fonds en 2012, nos bénéficiaires nous apprennent à quel point la confusion entre travail du sexe et traite des personnes affecte dans leur vie quotidienne. Non seulement les politiques de lutte contre la traite des personnes leur nuisent ; mais la stigmatisation et la criminalisation créent également un climat social dans lequel les travailleur.se.s du sexe courent un risque accru d’être victime de traite, et les survivant.e.s de traite ont souvent peu d’autres options que le travail du sexe pour gagner leur vie. Bien qu’ils le mentionnent rarement dans leurs propres publications, de nombreux groupes de travailleurs du sexe fournissent une aide cruciale aux personnes qui ont subi une expérience de trafic [10]. De la même manière, les syndicats et les groupes de femmes qui soutiennent les travailleur.se.s domestiques ou travailleur.se.s agricoles qui exercent dans de mauvaises conditions ne les forcent pas à quitter leur travail ou ne participe pas à leur incarcération, mais au contraire s’attachent à améliorer leurs conditions de travail et leur capacité d’(auto)organisation. Comme l’affirme un.e travailleur.se du sexe à une rencontre militants-bailleurs organisé par l’Alliance contre la traite des femmes (GAATW) à Bangkok en 2018 :

Nous nous battons pour nos droits et pour de meilleures conditions de travail. Les travailleur.se.s du sexe et leurs client.e.s, pour la plupart, sont contre la traite et l’exploitation. Les travailleur.se.s du sexe soutiennent les victimes de traite, et nous les protégeons de la police.

Ce n’est pas une surprise que l’analyse des demandes de financement que nous avons reçues au cours des années montre que, bien que les contextes soient différents, en finir avec la discrimination, la violence et la criminalisation sont des priorités pour les organisations de travailleur.se.s du sexe partout dans le monde.

Les organisations de travailleur.se.s du sexe préviennent l’exploitation et le trafic en créant des espaces sûrs, en fournissant des informations et un accompagnement vers les services compétents. [11] Leurs campagnes pour la décriminalisation du travail du sexe sont cruciales pour la création d’environnements de travail plus sûrs, où les problèmes peuvent être signalés à la police et où la justice peut être saisie. Et aussi, comme le souligne le Collectif des Prostitué.e.s de Nouvelle-Zélande, un environnement dans lequel les travailleur.se.s du sexe ont le droit de dire oui, mais aussi le droit de dire non.[12]

Conclusion

Un donateur militant m’a récemment expliqué leur changement de stratégie de plaidoyer qui est passée du “philanthro-shaming » (souligner le besoin urgent d’augmenter les financements dans un domaine particulier pour éviter/s’attaquer à un certain problème) à l’utlisation sans scrupule du concept populaire de ‘’FOMO’’ (fear of missing out, la peur de rater quelque chose). Il m’a appris que trop souvent, on met en évidence les besoins et les lacunes en termes de financement, en espérant que cela convaincra les bailleurs de boucher les trous. Cela participe peut-être à influencer certains donateurs alliés à étendre leur programme de subventionnement, mais cela ne convaincra pas les néophytes des droits des travailleur.se.s du sexe. La réalité est que même les financeurs de la justice sociale se revendiquent toujours comme ‘neutres’ au sujet des droits des travailleur.se.s du sexe, ou n’ont simplement pas le courage de prendre position. Ces bailleurs doivent réaliser qu’ils ne sont pas les premiers à s’aventurer en terre inconnue. Dans le cas du donateur militant, leur nouvelle stratégie de plaidoyer envers les bailleurs essaye donc d’adopter une approche innovante : ‘’soit vous prenez le train en marche, soit vous passez à côté », en prouvant que le financement des organisations de travailleur.se.s du sexe est LA chose à faire, et tout de suite !

Je ne pense pas que cette approche du ‘’train en marche’’ seule fera l’affaire, mais au moins nous avons formé un groupe et nous sommes en harmonie sur un nombre de points. Différents donateurs ont commencé à se rassembler dans un nouveau collectif pour s’assurer que davantage d’argent est dirigé vers les mouvements de travailleurs du sexe. Maintenant il est temps de monter le son et de toucher le bon public.

Nadia van der Linde est la coordinatrice du Fonds Parapluie Rouge. Elle a un Master de Géographie Social de l’Université d’Amsterdam et a des années d’expérience internationale, particulièrement dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, du plaidoyer, et des processus de participation (de la jeunesse). Nadia a travaillé pour la Coalition des Jeunes, le Réseau Mondial des Femmes pour les Droits Reproductifs, Mouvement de Santé du Peuple, Stichting Alexander, le Réseau Asie-Pacifique des Travailleurs du Sexe et le Fonds des Nations Unies pour la Population. Elle est la présidence du Centre d’Information sur la Prostitution à Amsterdam aux Pays-Bas. Email : nadia@redumbrellafund.org

Notes:

[1] M Bhattacharjya, E Fulu and L Murthy, The Right(s) Evidence: Sex work, violence and HIV in Asia. A multi-country qualitative study, UNFPA, UNDP and APNSW (CASAM), Bangkok, 2015, retrieved 19 December 2018, http://www.asia-pacific.undp.org/content/dam/rbap/docs/Research%20&%20Publications/hiv_aids/rbap-hhd-2015-the-rights-evidence-sex-work-violence-and-hiv-in-asia.pdf.

[2] M Kloek and M Dijkstra, Sex Work, Stigma and Violence in the Netherlands, Aidsfonds, Amsterdam, 2018, https://www.soaaids.nl/sites/default/files/documenten/Prostitutie/Sex%20Work%20Stigma%20and%20Violence%20in%20the%20Netherlands%20Report%28digital%29.pdf.

[3] E McKay, ‘World-first partnership between NZ Police and Prostitutes’ Collective’, NZ Herald, 17 December 2018, https://www.nzherald.co.nz/nz/news/article.cfm?c_id=1&objectid=12178217.

[4] J Dorf, Sex Worker Health and Rights: Where is the funding?, Open Society Institute, New York, 2006, https://www.opensocietyfoundations.org/sites/default/files/where.pdf.

[5] Mama Cash, Red Umbrella Fund and Open Society Foundations, Funding for Sex Worker Rights. Opportunities for foundations to fund more and better, Mama Cash/RUF, Amsterdam, 2014, https://www.redumbrellafund.org/report.

[6] Ibid.

[7] N van der Linde and S Bos, ‘Mind the Gap—What we learned about how funders can be moved in the right direction’, Alliance Magazine, 7 September 2016, https://www.alliancemagazine.org/blog/mind-the-gap-what-we-learned-about-how-funders-can-be-moved-in-the-right-direction.

[8] CREA, NSWP and SHARP, Sex Work and Trafficking A Donor/Activist Dialogue on Rights and Funding, CREA, NSWP and SHARP, 2008, https://www.redumbrellafund.org/wp-content/uploads/2014/07/Donor_Dialogue_Final_REPORT_December2008.pdf.

[9] Red Umbrella Fund, The Creation of a Collaborative Fund for and by Sex Workers, 2017, https://www.redumbrellafund.org/wp-content/uploads/2014/07/Red-Umbrella-Fund-The-creation-of-a-Collaborative-Fund.pdf.

[10] See, for example, Global Alliance Against Traffic in Women, Sex Workers Organising for Change: Self-representation, community mobilization, and working conditions, GAATW, Bangkok, 2018.

[11] Ibid.; see also: W Volbehr, ‘Improving Anti-Trafficking Strategies: Why sex workers should be involved’, Open Democracy, 17 July 2017, https://www.opendemocracy.net/beyondslavery/wendelijn-vollbehr/improving-anti-trafficking-strategies-why-sex-workers-should-be-inv.

[12] NZPC, Our Right to Say Yes, Our Right to Say No, n.d., http://www.nzpc.org.nz/pdfs/Right-to-Say-Yes-or-No-Poster.pdf.